
Pour un numérique humain
Ce soir, entre 19h et 22h, un jeune va ouvrir un clavardage Twitch et écrire quelque chose qu’il n’aurait dit à personne d’autre. Peut-être une pensée sombre. Peut-être juste un « ça va pas ». De l’autre côté, il y a quelqu’un. Un.e travailleur.se de rue numériques de la Fondation des Gardiens virtuels, formé pour être là, dans ce moment-là, dans ce langage-là.
C’est ça, pour nous, un numérique humain.
Une ligne directrice, pas un slogan
Depuis 2018, on a fait un choix simple mais exigeant : aller là où les jeunes sont déjà. Les rejoindre dans leurs espaces et leur offrir un soutien directement dans leurs communautés, avec une présence humaine structurée et professionnelle.
Parce que derrière chaque écran, il y a quelqu’un. Et cette personne mérite de pouvoir trouver de l’écoute et du soutien, même en ligne, même à 21h30 un mardi soir.
Nos Travailleur.es de rue numériques
Nos TRN ne sont pas des modérateurs. Ce sont des professionnel·le·s formé·e·s et encadré·e·s, présent·e·s chaque soir de 19h à 22h sur Twitch et Discord. Ils et elles interviennent par écrit, en temps réel, dans des contextes souvent rapides et parfois fragiles. Chacun opère sous un pseudonyme ancré dans la culture gamer ou du numérique, car la confiance se bâtit dans le bon langage, pas dans le bon formulaire.
En 2025 : 1 888 interventions directes. 419 liées à la détresse et aux idéations suicidaires. 60 chaînes couvertes. 163 interventions en moyenne par TRN, par année. Et 25% des personnes rejointes sont issues de la communauté LGBTQ+, une population souvent invisible dans les services traditionnels.
Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites. Ce sont des conversations qui ont eu lieu parce que quelqu’un était là au bon moment.
Quatre façons de rendre ça concret
- Humaniser les espaces numériques. Les environnements en ligne influencent bien plus qu’on le pense. Ils peuvent soutenir, mais aussi amplifier certaines détresses. Ajouter une présence humaine, ça change quelque chose de fondamental : quelqu’un peut être vu, entendu, reconnu. Ces milieux deviennent un peu moins impersonnels, un peu moins froids.
- Intervenir avant que ça dégénère. Trop souvent, on agit quand la situation est déjà critique. En étant présents directement dans les milieux numériques, on peut voir venir certaines choses, intervenir plus tôt, orienter, calmer. Ça ne règle pas tout, mais ça évite que des situations fragiles deviennent des crises.
- Transformer le terrain en savoir utile. Ce qu’on vit sur le terrain numérique est riche. Mais si ça reste dans la tête des intervenants, ça ne sert pas à grand monde. En 2025, on a animé plus de 20 formations, ateliers et conférences à l’UQTR, à l’UQAM, dans les Forces armées, jusqu’à un symposium international en Suisse. On travaille à rendre cette expertise transférable, pour d’autres organisations, d’autres intervenants. C’est aussi comme ça qu’on fait avancer le milieu.
- Faire évoluer les façons de faire. Le numérique avance vite. Les systèmes, beaucoup moins. Si on veut que les choses changent, il faut être capable de faire le pont entre les deux. On participe aux débats, aux consultations, aux tables de réflexion. Pas pour faire de la théorie, mais pour ramener ce qu’on voit réellement sur le terrain. Parce que si on ne comprend pas ce qui se passe en ligne, on prend de mauvaises décisions hors ligne.
Ce n’est plus marginal
En 2025, la communauté gamer québécoise a amassé plus de 100 000 $ lors du Stream-O-Thon du LAN JDL pour financer le programme TRN. Des joueurs, des streamers, des passionnés qui ont choisi de mettre leur énergie au service de la santé mentale dans leurs propres communautés. C’est la preuve que l’idée d’un numérique humain résonne bien au-delà de notre organisation.
Le numérique influence directement la santé mentale, les relations, les trajectoires de vie. Ce n’est plus une réalité marginale. Donc la vraie question, ce n’est plus est-ce qu’on doit intervenir. C’est comment on le fait, et à quel point on le prend au sérieux.
Pour nous, la réponse est claire : on ne peut plus penser les services à côté du numérique. Il faut les intégrer dedans. Chaque soir, de 19h à 22h, c’est exactement ce qu’on fait depuis maintenant 3 ans.
Le numérique va continuer de changer. Rapidement. On ne contrôle pas tout. Mais on peut choisir comment on s’y positionne. Choisir d’être présent. Choisir de comprendre. Choisir d’agir. Pour un numérique humain, c’est exactement ça.

